La blancheur a cousu le monde

brouillard

Ce matin-là, lorsque Claudia s’était réveillée, la lumière n’entrait dans la chambre qu’atténuée, grisée, ou peut-être blanchie d’une blanc mat, et le silence était hésitant, c’était un jour de neige. Claudia avait mis ses bottines, et avait décidé d’aller se promener dans la neige, qui tombait toujours, lente, on l’aurait presque crue immobile, tombant sans bouger pourtant, et les flocons se laissaient aller vers le sol sans humeur. C’était curieux cette neige trop subite, qui avait surpris même les champs, et recouvrait l’herbe comme une décoration, mais partout la verdure dépassait, restait droite, simplement habillée par la neige. Près des habitations de nombreuses personnes promenaient leur chien, heureuses de voir un changement météorologique diversifier un peu leur quotidien. Elle s’aloigna du village et fut bientôt entourée des vergers, les troncs sombres s’alignaient, barreaux noirs autour de la route, ils formaient de longs tunnels envahis par le brouillard qui avait rejoint la blancheur de la neige. Tout autour c’est la victoire d’un silence qui ronge les mots, ces squelettes de sens, mais pourquoi vivraient-ils? Mais le silence se fait fatigue lorsqu’il s’insinue dans les membres trop lourds, dans la tête qui se perd dans ce vide trompeur et menaçant comme les nuages avant la neige. Il a cessé de neiger mais la lumière est éteinte aussi, les champs sont vides partout.

neiges

Et le soleil revient, étincelant, doré comme un matin joyeux, il vient embraser le paysage, caresser la chape de neige, partout ses reflets brûlent les yeux comme un grand bonheur de la vie qui revient. On entend le crépitement des morceaux de neige qui se défont déjà en eau, qui coulent, qui fondent, qui tombent, qui glissent pour retourner à la terre. C’est beau et triste en même temps, parce que c’est toujours une disparition, la perte de la pureté comme celle des papillons qui s’envolent. D’ailleurs par-là on entend chanter des oiseaux et le ciel se remplit de vols. Par jeu, par ennui Claudia décide de suivre un petit chemin, qui s’enfonce dans des bois en s’écartant décidément des maisons.  Sur le sol il y a les cartouches abandonnées par les chasseurs. Elle traverse un petit ruisseau, cimenté, mais c’est la forêt qui murmure autour, comme un accueil.

Puis le temps changea de nouveau. Le ciel se remplit à nouveau de nuages aux contours indistincts, le bleu disparu et il recommença à neiger, plus vite, plus fort. Claudia s’immobilisa, une clairière dans les bois. Elle regardait la neige tomber. Elle n’avait jamais remarqué comme cette chute pouvait varier.  Tantôt elle est précipitée, bouillonneuse, ou tourbillonnante, tantôt elle ne ressemble plus à une chute mais à une mouvement paisible vers le sol. Elle a froid aux mains, mais elle entend tomber les flocons, qui sont parfois larges et lents, puis d’un coup s’évaporent en une multitude étincelante.

Claudia reprit sa marche, pour rentrer, mais par un autre chemin, plus drôle, cependant le village avait disparut, englouti par les collines ou par le brouillard qui recouvre l’horizon et habite chaque repli du paysage. Impossible de se diriger, il ne restait qu’à suivre le chemin, vers un inconnu blême. Elle croisa la route d’un poulailler, d’une maison aux fenêtres brisées, mais le monde était en train de reparaître, lentement, de longs poteaux électriques émergeaient comme des phares, et une demi-heure plus tard, les mains engourdies et les jambes fatiguées Claudia tourna les clefs de la maison. La neige avait déjà fondu.

dsc01687

cadre des photos: ici

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~ par V. sur février 16, 2009.

2 Réponses to “La blancheur a cousu le monde”

  1. Le cadre est bien utilisé.
    🙂

    Et je vais te dire deux petits secrets: tu peux utiliser un script pour photoshop « Polaroïd », cela retouche aussi la couleur de la photo façon Polaroïd.
    Et tu peux choisir entre 4 façons: de la plus vieilli à la moins.
    Ou encore mieux, un logiciel qui fait comme des pola, tu as qu’à glisser la photo. Le logiciel se nomme Polaroïd ( http://www.poladroid.net/ ). Tu verras, c’est marrant. Il faut attendre que la photo soit prête… enfin comme un vrai pola. Tu verras 🙂
    Voilà!
    🙂

  2. Photos réussis, et texte magique… J’en viendrais à aimer la neige de février.

    xoxo

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