La faune étrange des veines de vêtements

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« L’enfer, c’est les autres », aurait-dit l’homme laid.

Il aurait pu préciser, le brave homme, que c’était plus vrai encore quand les autres sont en foule dense, enclose dans un lieu fermé de taille aussi réduite que possible, évidemment surchauffé, animée de la faim  du troupeau se précipitant sur la proie abattue. Mais peut-être les philosophes ne pratiquent-ils pas assez souvent l’enfer des soldes. Ayant décidé pour ma part, en non-philosophe convaincue, de faire du sport, je suis allée, une après-midi, au fabuleux centre commercial de la Part-Dieu, grouillant à cette heure-là d’une pullulante population féminine aux mains griffues plongées dans la chair ouverte des vêtements amoncelés et froissés. Horreur ! Malheur ! En cette tragique occasion je manquai successivement de mourir dans la sueur qui saturait l’air des boutiques terrifiantes, de me pendre à la vue du vêtement parfait, bien sûr inexistant dans ma taille, d’assassiner les êtres entièrement absorbés par leur quête peu métaphysique et qui vous bousculent snas vous voir (vous ne portez pas d’étiquette « -50% » )…

Afin d’éviter ces mulitples morts, et pour de nombreuses raisons qui prenaient diversement la forme des hurlements alarmés de ma carte bleue, visiblement en détresse à la suite de mes dépenses inconsidérées (que nous ne détaillerons pas afin de ne pas faire fuir le public), celle de ma montre annonçant que le temps, immanquablement, passait, ou encore du reflet définitivement insatisfaisant renvoyé par les miroirs astucieusement disposés partout, je pris la fuite, on est lâche parfois. Donc, renonçant à agrandir ma garde-robe, à planter mes dents dans le tissu comme d’autres demoiselles aux longs crocs présentes ou à encombrer les allées surpeuplées en embrassant un charmant et hypothétique petit copain réquisitionné pour l’occasion et de manière à immobiliser la moitié des acheteuses-to-be, pour des raisons évidentes, je quittai l’Enfer, n’ayant connu que le premier cercle et sans oser atteindre le suivant: les Galeries Lafayette.

Cette épopée fabuleuse prit ainsi fin.

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~ par V. sur janvier 15, 2009.

2 Réponses to “La faune étrange des veines de vêtements”

  1. Je salue ton héroïsme et le style magistral dans lequel est écrite cette palpitante épopée. Pour ma part, les soldes se sont réduites à quelques pas timidement esquissés dans la direction générale du centre commercial, et la décision immédiate qu’on est bien mieux chez soi.

    Faut dire aussi qu’une telle faune me donnait des envies sérieuses de meurtres ^^.

  2. Je suis convaincue que la crise économique, c’est de la blague au fond : la chute du monde capitaliste viendra de la faille spatio-temporelle créée par la déchirure d’un soutien-gorge -70%, tiraillé par deux soldeuses acharnées (ou une soldeuse et un mâle le voulant pour sa copine, why not).

    L’observation  » vous ne portez pas d’étiquette -50%  » vient d’éclairer en un éclair (notez le polyptote) ma compréhension des mouvements de masse.

    Yeah ! 😀

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