Au café de la gare

deviennentdesfleurs
On file à la fin des cours, le train partira bientôt, s’il n’y a pas de retard… Puis c’est la lecture entre le grésillement du baladeur de la voisine et les vibrations des rails. La somnolence, et la lecture errante, une page lue et relue, les mots hésitent à la frontière de la réalité, et parfois des images, comme des souvenirs ou des rêves un peu désaturés s’interposent. Puis le train arrive.

***

Dans le café on attend lentement que le temps passe, gratuitement jusqu’au soir, jusqu’à l’heure oùl’on se rendra au théâtre. J’ai commandé un thé au lait, comme une douceur quand il fait froid dehors,  d’ailleurs, plus tard, lorsque je suis ressortie marcher dans la ville, j’ai pu escalader l’eau d’une fontaine, entièrement gelée, essayer de tomber, glisser… Alors le thé fume, discrètement, tandis que la télévision écran plat diffuse en boucle des clips bruyants et colorés. J’ai sorti un cahier et je prépare des articles, pour ce blog dans les « peut-être un jour », puis révisions de Lettres: « La Dissertation Générale », ça ne servira à rien.

***

Sur une des banquettes il y a une vieille dame, en pull rose pâle, elle est toujours là l’après-midi, à chaque fois  que je viens. Elle commande un café, le boit et attend. Immobile, parfois elle s’endort et ses yeux se ferment , mais la plupart du temps ils restent ouverts sur son inexistant interlocuteur. Impossible de savoir s’il y a des pensées au-delà (idée infâmante), qui coulent à un rythme différent du nôtre, plus calme et semblable au temps qui coulent dans les grottes qu’aucun son ne trouble jamais.

***

Tout autour les tables s’emplissent et se vident, dans des mouvements mystérieux: ici un couple, qui en buvant du chocolat regarde des photos sur leur portable, là un groupe d’étudiantes de la fac, mais impossible de savoir en quoi … , et cette mère qui emmène sa fille de 3 ans prendre, peut-être pour la première fois,  un jus de fruit. C’est étrange de penser que chacun a une histoire, et qu’elles s’entrecoupent dans ces infime instant.

***

Aller au théâtre, voir tous les gens, entrevoir d’anciens profs, se cacher pour ne pas leur dire bonjour, récupérer le programme, avoir envie de tout voir, puis s’asseoir au dernier rang et scruter la salle. Quand la pièce commence on bascule dans un autre univers, la langue allemande donne immédiatement un autre rythme, une autre épaisseur, un autre toucher à l’histoire, même si la comédienne principale ressemble tellement à la prof d’allemand et que cela crée d’étranges situations… Mais les scènes s’enchaînent et indiciblement la tension se creuse comme une peur qui noue le ventre. Et quand le coup de feu final retentit, j’ai le coeur qui trébuche.

***

Matin, 4h30, retour à Lyon en train pour le DS à 8h. La gare est déserte et le balayeur ressemble à une marionnette plantée pour le décor. C’est un train de nuit, avec semi-couchettes, sans lumière, le voyage ressemble à un long tunnel pour rejoindre le quotidien, hanté par les chimères du sommeil vague et entrecoupé de conscience. Puis le train arrive.

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~ par V. sur janvier 12, 2009.

5 Réponses to “Au café de la gare”

  1. J’adore le fragment de la vieille dame en pull rose. Je ne vois plus rien en ce moment.

  2. Oh, qu’est que c’est beau ici!
    Les photos, le décors, les mots.

  3. Magnifique… tu as le don de remarquer les détails qui vont tout faire…
    Chaque paragraphe est une oeuvre d’art.
    Et la chute, juste « Puis le train arrive », dit tout.
    Mais j’aimerais trouver un autre moyen de te dire que j’adore ce que tu écris, sans que ça soit plat et répétitif ^^.

    xoxoxo

  4. Ah, Ornith, que de poésie dans cette enclave informatique où j’usurpe ton identité, priant pour que le fameux monsieur ***** ne lise jamais ce commentaire où est dévoilée notre odieux comportement. Enfin… ah oui, tu m’avais bien dit mme K. mais j’ignorais que ça t’avais mis dans de tels états de désésrance intellecutelle. ma foi…
    Si tu veux une anecdote de théâtre (outre que je garde les plus croustillantes pour le off, parce qu’ensuite on trouve sur la toile des tas d’info compromettantes pour ma future carrière de dieu du cosmos), lors de ma glorieuse année de théâtre intensif, deux de nos chers maîtres avaient pris l’habitude de copuler systématiquement dans les salles obscures, et nous passions à peu près l’intégralité de nos spectacles à les « entrevoir »… Pauvre Ariane Mnouchkine, pauvre Eric Lacascade…Enfin, nous profitions de tous les spectacles…

  5. Et engloutir une pizza en 2minutes 34 secondes . Si je t assure , durant ce moment , tu as été une chimère de l avalage ultra rapide , un demon de la nourriture . Je suis traumatisée

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