Forgetting Neverland

Ariane, comme tout le monde ou en tout cas comme la plupart des gens avait été une enfant. Une enfant riante et qui écoutait avec bonheur les contes de fée et les Belles histoires.

Elle avait cru qu’elle serait un jour une princesse en belle robe, et que quand elle verrait le prince charmant, tout s’éclairerait, impossible de le rater.
Elle avait cru les paroles de Mufasa: « Je serai toujours près de toi », et elle avait regardé les étoiles où brillaient les rois d’avant nous avec confiance.
Elle avait lu le Petit Prince et cru que les yeux étaient aveugles et que seul le coeur pouvait voir.
Elle avait cru la morale, qui lui disait d’aider son prochain, que cela était bien, qu’il fallait être gentille, et que de là-haut, Dieu la regardait d’un oeil bienveillant.
Elle avait cru que les gentils seraient en blanc, les méchants en noirs (ou à la rigueur en rouge), que l’on pouvait passer du côté obscur d’un coup.
Elle avait cru que les gentils gagneraient toujours, que les amis étaient là pour toujours, Rox et Roucky (?) à jamais, et qu’ils savaient lire les sentiments dans les yeux.
Elle avait cru que le monde ne changerait pas, était bon et qu’elle serait toujours protégée.
Plus tard elle avait eu l’enthousiasme des adolescentes, et rêvé une guerre qui remettrait le monde à neuf, où les bons pourraient briller, former une Rébellion, et qui mettrait fin à notre bureaucratie rongée.
Elle avait imaginé l’illusion du communisme et de l’égalité, des hommes qui seraient camarades, et l’illusion de la religion où les hommes seraient frères dans la lumière de Dieu.

Mais comme tous les enfants, même ceux qui restent accrochés de toutes leurs griffes à leur île merveilleuse, Ariane avait grandi.
Et finalement dans la vie, il faut être méchant pour ne pas se faire marcher sur les pieds, et les étoiles sont muettes, et les yeux vides.
Finalement on lui avait appris l’esprit critique et la philosophie: si Dieu est tout-puissant, alors il n’est pas humain, et s’il n’est pas humain il ne pourra pas t’aimer. Tu seras seule dans le cosmos qui tourne invariablement.
Et Ariane avait constaté que cela n’avait pas de sens. Qu’il n’y avait pas un Elu qui les sauverait et serait bon. Que tout le monde était gris, et que les vies se perdaient dans l’insignifiance.
Que l’on pouvait tout au plus se faire croire que ça en valait la peine et que l’on marchait et courbait pour quelque chose, pour autre chose que par lâcheté. Mais sans parvenir à savoir quoi. Ariane avait vécu parce qu’elle était née et que elle était faire pour vivre.
Et peu à peu, doucement, lentement, sans même vraiment s’en apercevoir, elle oublia le monde d’autrefois, où les fées chuchotaient à l’oreille des enfants et où les îles mystérieuses existaient. Elle se contenta du petit matin gris, et des rues brumeuses, du réveil qui sonne toujours trop tôt pour aller travailler, sans fin, sans but, terne.

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~ par V. sur juin 13, 2008.

5 Réponses to “Forgetting Neverland”

  1. Forgetting Nerverland to discover a brave new world… Changement de mythologie. Mufasa meurt mais il reste l’indécrottable humour de Timon : « Bah j’te raconte pas l’prix des travaux » – retrousser ses manches pour (se) frotter (à) la morne grisaille quotidienne.
    [Quand à Dieu tout-puissant et quand même de toute bonté, Leibniz te pondrait sur le champ une belle explication. Mais je préfère le faire taire, parce que ce texte est suffisamment beau tout seul.]

  2. You won’t forget Neverland if you really belong there… Le texte m’a fait penser à Ariane de Belle du Seigneur… Magnifique!

  3. PS: I love the picture!

  4. Ariane a bien tort. Ce monde existe toujours dans les yeux de celui qui sait le voir. Il suffit d’oublier la grisaille, de redresser les épaules, et de croire envers et malgré tout.
    Neverland n’ouvre pas ses portes à tout le monde, tu l’auras compris. Et Ariane qui lui a tourné le dos…

  5. Bonjour. Chaque ex-enfant se retrouvera dans ton texte magnifique… Garde intact – si tu le peux – ton regard d’enfant, une vraie richesse en des temps incertains (j’ai aimé ta parabole sur la Princesse et l’évocation du Petit Prince de Saint-Ex…)

    Je ne sais si tu aimes les romans sentimentaux mais j’en publie un en ligne depuis 7 articles : « L’été et les ombres »…

    Et en fouillant parmi les 6 ou 7 derniers articles : sans doute apercevras-tu également ton âme-Fée parmi deux de mes derniers dessins : »Petite fille au Miroir aux âmes » et « Réflections du jour ou l’âme-Fée » ?

    Je reviendrai sur ton site si sensible et cultivé (dans l’ bon sens)…

    Enfin, pour info et puisque tu a créé un site éponyme à son beau récit poétique, j’ai réalisé six articles sur le monde de Julien Gracq, dont le bref récit d’une visite que j’ai pu lui rendre à St-Florent, le 28 aout 2007 et une illustation d’ « Un balcon en forêt »(chercher par chez moi en catégorie « Julien Gracq »)

    Au fait, j’ai trouvé le chemin de ton site chez Alys… Bises & Amitié à toi !

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